Ah, mais ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit !
J'ai écris rapidement dans le billet du 10 avril que le travail de Robert Franck "ne me faisait pas grand chose" ; je pensais aux Américains, à la fin, on parle toujours des Américains, il me semble.
Je voulais dire que ces photos là ne me touchent pas.
Mais, pour ce qui est de dire que je ne m'y intéresse pas, alors là , je vous arrête tout de suite ; je trouve même que, proportionnellement à mon temps libre et au peu d'émotion qu'elles me procurent, ces photos, je m'y intéresse énormément !
Je suis allée voir l'expo au Jeu de Paume, j'en ai bien du mérite d'ailleurs, vu le peu d'envie que j'en avais... Enfin, on ne peut pas prétendre enseigner la photographie et zapper là dessus, au moins aller voir en vrai. J'ai poussé ma conscience jusqu'à amener une de mes élèves et lui faire le topo sur l'aspect novateur, le grand espace de liberté ouvert, le boitier à la hanche etc
Dieu m'est témoin, j'ai fait mon possible.
Au total, elle m'écoutait bien sagement, assez poliment, s'intéressait même, posait des questions, lisait, comme moi, les textes de présentation, mais n'était guère bouleversée non plus, je dois dire.
L'autocensure aidant, nous avons mis un certain temps à nous l'avouer l'une à l'autre.
Heureusement, elle a vingt ans ; il y avait là , au moins pour elle l'intérêt de toute découverte...
Nous vivons dans un monde bigrement formaté,non?! Je parle du milieu culturel parisien. Et, en ce moment, il est de bon ton d'aimer Robert Franck. De s'extasier devant Les Américains.
Faites l'expérience, sur votre moteur de recherche, à la place de Benzotriazol,tapez "Je n'aime pas le travail de Robert Franck", vous ne trouverez rien !
N'est ce pas extraordinaire, cette merveilleuse unanimité ?!
Je ne parle même pas des professionnels, qui se feraient tous couper un bras, plutôt que d'émettre le moindre bémol, je parle là du péquin moyen, de tout un chacun.
N'est ce pas légèrement troublant ?!
La dernière fois qu'on nous a raconté à quel point c'était formidable, c'était, me semble-t-il, l'an passé pour ''Millénium'', non?
Au point où j'en suis, je peux bien le dire, j'ai trouvé ça passablement ennuyeux et terriblement vide.
Déjà , quand j'étais photographe de théâtre pour la presse, il était impossible de dire qu'on n'aimait pas Molière, sans risquer le bûcher ; il fallait aimer Molière, Shakespeare et Tchekhov, la Sainte Trinité.
J'échangerais volontiers tout Molière pour la moitié de Lagarce et la moitié de Kroetz, suis je sotte pour autant?
Jackson Pollock a lui aussi, sûrement, ouvert un pan de liberté en ce qui concerne la peinture, je n'en disconviens pas, néanmoins chez Peggy Guggenheim, à Venise, l'hiver dernier, j'en baillais d'ennui.
La pression est telle, le consensus si parfait, que vous ne trouverez nulle part, même au fin fond d'un blog obscur, un inconnu moins bien renseigné, moins cultivé, moins briffé, s'étonner, dire que les tirages ne sont pas terribles. Et quand je dis pas terrible...
Nulle part.
Ce n'est pas touchant, ça ?
Moi, personnellement, ça me questionne, plutôt.
Mais, naturellement, à une expo de Robert Franck, tout le monde le sait, non seulement, il faut faire abstraction de la qualité des tirages pour ne regarder que les photos, ce qui est déjà un bel exercice en soi, pour le public lambda, je veux dire, mais encore les regarder en ne perdant pas de vue son bagage culturel, lequel replace naturellement l'artiste dans son contexte espace-temps et contient la petite notice indispensable nous expliquant combien nous devons aimer et nous réjouir, sous peine d'être complètement has been.
Zut, Ã la fin !
Comme la plupart des gens, qui sans oser le dire, n'aiment pas vraiment le travail de Robert Franck, qui est assimilé en général aux Américains, j'ai préféré certaines photos de ce qu'on appellera ici, pour faciliter la compréhension, les Parisiens (commencez à empiler les bûches), en particulier, un petit tas de chaises de jardin, fort délicat.
Dans l'ensemble, je n'ai pas aimé les tirages des Américains, j'avais dû oublier la notice, et tant pis, si c'est inavouable. Je reste surprise de la nouvelle édition de Delpire qui choisi de montrer des tirages riches d'une gamme de gris absolument absents de ceux de l'exposition ; devant tant de différence, je suis perdue, à quel moment dois je m'extasier, me réjouir ?
Les tirages de la MEP sont ils les bons, parfait, pourquoi ne servent ils pas aux reproductions du livre ? Existe-il ailleurs un jeu jugé plus digne de l'impression du livre, pourquoi ne pas nous les donner à voir ?
Et devons nous nous abstenir de toute réflexion là dessus ?
En conclusion, le livre de Delpire m'a donné plus de plaisir que l'expo que j'ai pourtant trouvée bien scénographiée, au contraire du livre sur les Parisiens dont l'impression m'a moins convaincue.

Et me voilà , maintenant, plongée dans ce recueil de 150 p. au bas mot, consacré au travail de Robert Franck, ah, mais comment pouvez vous dire que je ne m'y intéresse pas ?!
Quelqu'un aurait il cafté que j'ai cessé d'imprimer juste avant Pull My Daysy ?
Car, tout de même, lire sur un photographe dont le travail ne vous émeut pas, c'est une chose, lire la vie du même type après qu'il ait renoncé à la photographie, c'est encore une autre chose, et il ne faut rien exagérer, non plus !
A ce stade, je crains qu'aimer Jack Kerouac ne suffise pas à me racheter...
PS : A l'attention des petits futés qui sous-entendraient que je m'intéresse plus à l'auteur qu'au sujet, je réponds, l'Autre, n'est-il pas, en bien des cas, un merveilleux accès vers des mondes qui, jusque là , nous étaient scellés ?
Je crois que si.
Et je n'oublie pas ceux à qui je dois Chopin, Musset, le jazz et la photographie abstraite...